Bulletin 32

Sommaire :

Editorial (M. Robert Charlery-Adèle); p.2
Hommage à Léo Elisabeth (M. Roger Parsemain); p.3
Attribution des noms aux nouveaux libres du François, à l’abolition de l’esclavage en 1848 (Mme Monique Palcy); p.4
Des patronymes et toponymes au François (M. Roger Parsemain); p.11
La genèse comparée des hécatombes du 8 mai et du 30 août 1902 (M. Léo Ursulet); p.14
Pourquoi A. De Chavigny est-i mort 2 fois? (Mme Lucienne Lafontaine) ; p.21

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Editorial

« Le travail de l’Amarhisfa reste invite sur la voie de notre réalité au monde. Elle descelle de l’oubli » : ainsi s’exprimait Roger Parsemain dans l’éditorial du numéro 31 de notre association.

Notre première pensée sera, naturellement, pour la mémoire du docteur Didier Trystram, membre de notre comité de rédaction, qui nous a quittés le 22 février 2016. Psychiatre apprécié, très ouvert sur l’histoire de la Martinique et sur la généalogie, il nous a enrichis notamment par ses conférences sur la maison de santé de Saint-Pierre et sur la psycho-généalogie, ainsi que par ses articles dans « Notre Bulletin ». L’Amarhisfa se souviendra de sa participation active et de sa gentillesse. Nous renouvelons nos regrets à son épouse et à ses enfants.

Saint-Pierre hier et demain : l’Amarhisfa travaille sans relâche sur ce thème allégorique, dont la prégnance constitue bien une spécificité de la Martinique.
Ainsi, elle a à son actif la publication inédite et la diffusion auprès du grand public de 2.333 identités créées après 1848 à l’occasion de l’attribution des patronymes aux anciens esclaves à Saint-Pierre. Elle prépare aussi activement sa participation à un projet d’édification d’un mémorial pour lequel elle a déjà recueilli l’identité de plus de 7000 des victimes de la catastrophe de 1902, dont les actes ont été publiés.

Le présent numéro de la revue témoigne de la continuité de cette quête par des voies diversifiées. Ainsi, le 25 novembre 2016 au cours de la conférence organisée à la Mairie de Schoelcher, Léo Ursulet nous a entretenus du sujet :«Genèse comparée des hécatombes du 8 mai et du 30 août 1902». Docteur en histoire, sa thèse de 1994 a pour titre« La destruction de Saint-Pierre Martinique en 1902. Antécédents et conséquences socio-économiques et politiques sur la vie de la Martinique ». En 2002, il avait organisé à Schoelcher, au palais des Congrès, un colloque historique dédié au centenaire de la catastrophe.
Dans le présent numéro, il nous livre ses analyses de l’échec des autorités de l’époque à prendre en considération les prémices ayant conduit au paroxysme du 30 août 1902 au Morne Rouge. D’où, en harmonique, une interrogation actuelle, pressante : qu’en est-il des risques aujourd’hui et demain pour la région du nord, et pour toute la Martinique ?

Mais l’histoire des familles, c’est aussi un kaléidoscope de la vie passée mettant en lien des faits historiques, des actions individuelles ou collectives, des lieux marqués par des évènements ou des personnages, tous faits souvent éphémères encore véhiculés par la seule oralité.
L’article de Roger Parsemain « Des patronymes et toponymes du François » nous offre des descriptions et témoignages dont la densité humaine est saisissante. Comment, dès lors, la technologie pourrait-elle permettre de mémoriser et divulguer ces témoignages évanescents, aussi fragiles que les acteurs et les témoins, pour créer un lien vivant entre notre mémoire et les générations à venir ? La production et la diffusion numériques des travaux réalisés par l’Amarhisfa pourraient permettre par exemple la géolocalisation de ces parcours historiques, accessibles par internet en temps réel. Dans la perspective de l’Open data, et avec le concours du dépôt légal de l’internet de la Bibliothèque Nationale de France, de sites internet tels que la BNPM (Banque numérique du Patrimoine Martiniquais), bien des perspectives semblent ouvertes.

Mais l’approfondissement de la mémoire révèle parfois des mystères généalogiques qui pourraient relever du « gag », s’il ne s’agissait pas d’actes d’états civils dûment établis, et susceptibles d’avoir entraîné chacun des conséquences juridiques précises. Comment peut-on, par exemple, mourir à Saint-Pierre le 10 août 1859, puis mourir à Grand’Rivière le 2 novembre 1889 ? Ce mystère est pourtant un exemple gravé « dans le marbre », d’après les recherches effectuées par Lucienne Lafontaine.
En définitive, l’histoire des familles s’inscrit comme atout pour l’avenir, et non comme lien nostalgique. La conclusion de l’article d’Emmanuelle Clairis-Gauthier, qui analyse les conditions d’attribution des noms aux nouveaux libres après 1848, nous projette ainsi dans un devenir constructif : «Transmettre à nos enfants la mémoire, garder mémoire du passé, oui, il le faut pour y trouver nos racines, mais il convient de porter sur ce passé un regard assez détaché pour être à même de créer notre vie actuelle. »

Roger Parsemain

Hommage à Léo Elisabeth

Peu de jours avant les fêtes de Noël, Léo Elisabeth nous quittait. La veille de son malaise fatal, il «cherchait » encore à Paris, tout à la curiosité méticuleuse de l’historien qui ne fabrique pas du passé mais nous le restitue, et nous osons le dire ainsi, molécule à molécule, pierre à pierre, et surtout être humain à être humain.

Professeur, inspecteur pédagogique régional, président de la Société d’histoire de la Martinique, conférencier et intervenant sur les ondes, auteur d’ouvrages et « homme-ressource », il ne cessa de quêter puis renseigner et guider, sans souci du droit d’auteur. On se souvient de ses cours puis exposés où il jubilait devant l’auditoire qui finissait par comprendre qu’il manifestait une joie intérieure au bout de la recherche, de la « trouvaille », de la découverte de l’individu, souvent, aux prises avec l’ambition, l’intérêt, voire la ladrerie, la rancune et ceci, quels que soient l’époque, les lieux ou autres circonstances. Dans son regard, se percevait le souhait du partage de cette joie.

Sa thèse, La société martiniquaise aux XVII° et XVIII° siècles (1664-1789), illustre nos propos quant à la mise en évidence de l’individu être humain, tel qu’en lui-même et avec lui-même. Retenons l’exemple du mariage. Il fait l’objet d’un chapitre, mais revient dans tous les autres : ceux consacrés à l’illégitimité, la question de couleur, la transmission des biens, voire la Martinique face au pouvoir central, le sort, ici, des édits, ordonnances, voire simples remontrances. S’y ajoutent les nombreux conflits judiciaires. On note les différends entre les laïcs ou civils et le clergé catholique. Il nous livre cette phrase bien dans son humour : « Refuge de la vie privée, l’étude du notaire nous indique la distance qui s’établit entre les attitudes politiques et les sentiments personnels ». A travers les affaires nous percevons la complexité d’une société facilement définie comme en construction. Si nous pouvons admettre que chaque instant d’une société peut être aussi « construction » de l’instant suivant, nous rendons toutefois hommage au travail de Léo Elisabeth car enseignants, étudiants, passionnés d’histoire aussi bien sociale, qu’économique, ou de chronique évènementielle, trouveront éléments, outils et encouragements contre les mythes, appréciations hâtives ou préconçues. Sans recherche du paradoxe, avançons que le vœu de Fernand Braudel, l’homme des longues périodes qui préconisait la rencontre féconde de toutes sciences humaines avec l’histoire, trouverait ici sujets.

L’anecdotique trouve donc ses lettres de noblesse dans un ensemble bien pourvu de chiffres et tableaux, références et précisions des documents. Il en résulte un « pointillisme » incitant à la rigueur et au sérieux du dire. Il en fut ainsi dans toutes ses interventions. Ses conseils, avec les références et précisions, participaient de la même intention. S’il était loin, tant s’en faudrait, de se définir comme marxiste, cet adage de l’auteur de Le Capital trouve ici un défenseur et illustrateur grâce à son travail même : « l’Ignorance n’a jamais servi personne ».
Pour finir, un tel foisonnement de faits où vivent intensément les individus en leur vérité, serait déclencheur de nombreuses nouvelles historiques. Soit des œuvres littéraires où évolueraient dans leur épaisseur psychologique, colons, esclaves, gens de couleurs libres, ecclésiastiques, officiers et représentants du pouvoir central. Pour reprendre une formule de René Ménil, affirmons : « Et ça, ce n’est pas rien ».

Pour finir, un tel foisonnement de faits où vivent intensément les individus en leur vérité, serait déclencheur de nombreuses nouvelles historiques. Soit des œuvres littéraires où évolueraient dans leur épaisseur psychologique, colons, esclaves, gens de couleurs libres, ecclésiastiques, officiers et représentants du pouvoir central. Pour reprendre une formule de René Ménil, affirmons : « Et ça, ce n’est pas rien ».

Roger Parsemain

Attribution des noms aux nouveaux libres du François à l’abolition de l’esclavage en 1848

L’Amarhisfa est heureuse de vous présenter le résultat des recherches menées sur les registres d’individualité de la commune du François.
Il n’est pas nécessaire de revenir sur les événements qui ont précédé l’inscription des nouveaux libres à l’état civil.
Nous savons que les noms donnés aux 73 000 nouveaux citoyens de la Martinique ont été consignés dans des registres d’état civil spéciaux appelés : registres d’individualité.
C’est Victor Schoelcher, en 1848 sous-secrétaire d’état aux colonies, qui ordonne la confection de ces registres destinés à l’inscription des nouveaux citoyens. Ces registres au nombre de 81 pour toute la Martinique, établis le plus souvent en un seul exemplaire, n’existent que dans les anciennes colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion) et nulle part ailleurs. La majorité des noms de famille de la Martinique contemporaine a été fabriquée au cours de cette période de notre histoire.
Ils rassemblent des actes dits d’individualité qui nous livrent des informations essentielles sur les nouveaux libres.
Pour le François Schoelcher avait prévu 4 registres. (En réalité il y en a eu davantage, peut-être 6) Les Archives Départementales de la Martinique disposent de 5 registres : Un original, et 4 duplicatas (nécessité reconnue dès 1858)
La municipalité du François a quant à elle conservé la plupart des originaux, en particulier un registre, très abîmé, dont la copie n’est pas présente aux Archives.
Au total figurent sur ces registres à peu près 3800 actes qui ne recouvrent pas le nombre exact des libres, en raison des doublons, de doubles inscriptions c’est le cas de Enirale Elizabeth Elisa et de sa fille Rose Mathurine ainsi dénommés en 1850 : elles renouvellent leur inscription en 1854, année du mariage d’Elizabeth Elisa avec Jérôme Zizine et reçoivent alors le patronyme Escrabe.
Il est frappant de constater que 87% des actes ont été établis sur un peu plus d’un an !

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Emmanuelle Clairis-Gauthier
Monique Palcy

Des patronymes et des toponymes au François

Sans reprendre une présentation géo-historique du François, nous observerons brièvement la relation entre toponymes et patronymes voire simples prénoms. Le phénomène n’est pas original, certes.

Nous n’envisageons pas, ici, le cas du bourg, ses rues et secteurs.

Si des propriétaires plus ou moins importants, laissèrent leurs noms à des lieux, des appellations changeaient suite aux ventes. Cependant, morcellements anciens (Dumaine en 1898, soit 40 lots), réformes de type SAFER puis lotissements récents notamment après la fermeture de l’Usine en 1966, donnèrent des lieudits et chemins conservant le nom d’anciens propriétaires : Ainsi de Bellegarde, Pointe Courchet (1), Morne Pitault, Darthault, Dostaly, Perriolat, Gabourin, Monnérot… Ces personnes furent aussi bien des békés qu’autres. Pitault — on peut ajouter de la Riffaudière — viendrait du centre ouest de la France. Le toponyme désigne aussi un important système de la chaîne volcanique sous-marine du miocène moyen, soit 2,3Ma à 18Ma : Vauclin-Pitault (Guides géologiques régionaux, D. Westerkamp et H. Tazieff, MASSON 1980). Gabourin fut un notaire dont les archives restent précieuses pour les mouvements de propriétés dans la première moitié du 19ème siècle. Si des nouveaux libres au François reçurent le patronyme Bellegarde après mai 1848, un secteur portait ce nom avant l’émancipation. C’était, vers cette époque, la propriété des de Sinson, avec une sucrerie, méritant déjà le nom d’usine. L’équipement et les méthodes de travail étaient relativement évolués. Une branche des Dubois actuels du François descendrait, en partie, des de Sinson.

Les grands ensembles, Morne Pitault, Morne Acajou, comportent des lieudits, « sous-hameaux », voire simples coins (an kwen an) désignés avec des patronymes, ou souvent de simples prénoms. Leurs usages, dans la population, furent plus ou moins durables. Qui se souvient de la Rosina, la Gamba, la Cong, le Môn Milat (4). Ces appellations étaient souvent très localisées. Mais, aujourd’hui, on trouve la Capullo, la Jacques, la Madiane, Fontânes, Magdelonnette, la Bissette, Morne Valentin, Gillot, Farelle, Faurien, Morne Aurélien (appellation relativement récente), la Jaham, Croix Pélasges, la Richard, la Marchand, Morne Lamy ou Kaï Man Lanmi…Quand vivaient ces personnes, avec leurs fonctions, leur familles ? Quelles sources, écrites ou autres peuvent aider à une étude possible ? Le Simon est-il un nom de Caraïbe ? Le toponyme remonterait à la fin du XVIIème siècle. Rien dans les sources consultées ne permet d’asseoir avec certitude l’ « histoire » de ce prénom-toponyme.

Notre intérêt fut le même pour des appellations plus spécifiques. Ainsi des ponts, sources, chemins ou portions de route, jusqu’aux croisées et simples détours ou virages signalés par des faits marquants à telle époque ou simple date.

De quelques ponts et sources.

Des ponts…

Nous avons relevé quelques ponts en fonction de leur appellation. Les noms ou prénoms s’y rattachant renvoient aussi bien à des familles qu’à des évènements.
Pont Séraphin : S’agit-il du prénom de Séraphin Calonne, né esclave, puis premier adjoint du maire Homère Clément, notamment au moment de la fusillade du 8 février 1900 (9 morts) lors de la grande grève des ouvriers agricoles ou du nom d’un entrepreneur ou technicien des Travaux publics, M. Séraphin, qui construisit des ponts au François et ailleurs ?

Pont Simon (Simon Barclay), à Bois-Soldat. Simon Barclay fut garde-champêtre au début du siècle. Il possédait une propriété à proximité. Il est un ancêtre d’une partie des Zie, au François, lesquels sont héritiers du terrain attenant.

Pont Manzè Inès (Inès Sylvestre) : Toujours au Bois-Soldat, sur la voie de Fragile/Dos-d’Ane. Elle était une aïeule des Sylvestre du François, dont Anique Sylvestre, ancienne directrice de la Bibliothèque Schœlcher.

Pont Mait’Jean : Sur la route du Robert, à Vapeur. Le nom est surtout utilisé par les personnes âgées des quartiers Morne-Courbaril, Chopotte, Bonny, Hauteurs-Bellevue…

Pont Gabriel : Sur la route du Robert, près de l’entrée de Thalémont et Mansarde Rancé. Fut-il construit par le Séraphin des travaux Publics ?

Pont Sotter : A Dumaine. Ainsi nommé à cause du premier mort, Sotter Pique, transporté au bourg pour ses funérailles, juste après l’ouverture du pont dans les années 50. Ce pont est dit aussi Pon la Priz d’lo à cause de la captation sur la rivière de l’eau conduite au bourg par tuyauterie au cours de la seconde moitié
du 19ème siècle. On peut observer la prise en briques rouges et la crépine encore visibles sous les « raziés ».

Pont Abel : Etait-ce encore un ingénieur ou l’entrepreneur pour la réalisation du pont ? A l’entrée du bourg, face à l’entrée du Cimetière, ce pont passait sur la voie ferrée ouest de l’Usine. Il reste, dans la mémoire, un haut lieu des combats de damier :

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Roger Parsemain

La genèse comparée des hécatombes du 8 mai et du 30 août 1902

Le volcan de la Montagne Pelée, en éruption depuis février 1902, va détruire toute une ville corps et biens le 8 mai en moins de deux minutes par la délivrance d’une nuée ardente que personne n’attendait ni ne soupçonnait.
Cet énorme précédent n’était-il pas le plus puissant motif devant inciter tous à une autre prudence face au risque volcanique ?
Le 30 août, soit quatre mois plus tard, ce même volcan va encore faire plus de 1300 victimes. Chiffre officiel, mais d’autres – dont le conseil général – vont déclarer 2000 victimes. Est-ce à croire que les Martiniquais s’étaient montrés toujours incapables de tirer une leçon des potentialités éruptives dévastatrices de la Montagne Pelée ?

La recherche a déjà mis au jour la vérité sur ce fait historique. Mais à considérer les réactions à l’occasion des moments de commémoration du 30 août, il semble que ces connaissances n’ont pas encore gagné les consciences.

Bref rappel des faits du 8 mai
Nous connaissons aujourd’hui les tenants et aboutissants de la tragédie du 8 mai. Une communauté humaine s’est trouvée confrontée à un aléa naturel dont elle n’avait aucune expérience, ni de connaissance véritable. Ce qui à partir de là a justifié de la part des responsables tous les comportements non appropriés, et qui n’ont pas moins manqué de scandaliser après coup nombre de contemporains.
La seule référence disponible alors face à ce phénomène naturel fut l’éruption phréatique d’août 1851 qui fut sans conséquence pour la Martinique. Référence qui, hélas, a contribué à enfermer les autorités dans la conviction, voire la certitude, que l’évolution de cette éruption était sans danger pour l’existence de Saint-Pierre et de sa population.

Tout s’est joué essentiellement à ce niveau et a justifié le besoin en haut lieu de rassurer par tous les moyens une population effrayée devant les effets éruptifs.

Mais cette catastrophe n’était-elle pas aussi quelque peu inévitable ? Saint-Pierre était enclavée entre la mer et trois mornes (le morne d’Orange, le morne Tricolore et le morne Abel). De surcroît, Saint-Pierre était reliée essentiellement au sud de la Martinique par mer. Ce qui rendait particulièrement difficile à sa population d’abandonner sa ville par voie de terre, dans le cas où elle en aurait urgemment ressenti le besoin. La voie par mer étant financièrement hors de portée d’une grande majorité de Pierrotins.

Mais, admettons même que les autorités auraient acquis à partir du 5 mai la conviction d’un grave danger sur l’existence de cette population. Et qu’elles auraient disposé des moyens en bateaux pour évacuer cette population. L’opération d’évacuation de Saint-Pierre, mais également celle du Prêcheur et du Morne Rouge, aurait été lourde et fort complexe à conduire. Et vu l’évolution rapide de cette éruption, dans cette hypothèse, une grande majorité de cette population se serait trouvée encore sur le site de la ville le 8 mai et aurait donc péri sous cette nuée ardente.
Les circonstances de l’hécatombe du 30 août furent bien différentes.

Léo Ursulet

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Pourquoi Alexandre de Chavigny est-il mort 2 fois

En travaillant sur l’arbre généalogique de la famille de CHAVIGNY DE LA CHEVROTIERE, présente au Prêcheur, Saint-Pierre, Macouba et Grand-Rivière, j’ai d’abord trouvé à Saint-Pierre un acte de décès concernant le sieur Alexandre de CHAVIGNY, puis à Grand-Rivière un deuxième acte de décès semblant appartenir au même individu.

N° 817 ACTE DE DECES DU SIEUR de CHAVIGNY Alexandre (page 273 du Registre de l’Etat Civil de 1859 de SAINT-PIERRE)
L’an mil huit cent cinquante-neuf, le dix juin à quatre heures et demie de l’après-midi, Par devant nous Dieudonné Prudent DAMIANT, adjoint au Maire de la commune de SAINT-PIERRE, ile MARTINIQUE, délégué aux fonctions d’officier de l’Etat Civil par arrêté du Maire en date du 25/07/1857, sont comparus sieur Frédéric DERIVE brigadier de police âgé de vingt-neuf ans et sieur Charles ALPHONSE garde de police âgé de vingt-cinq ans, tous deux domiciliés à SAINT-PIERRE lesquels nous ont déclaré que ce matin, à cinq heure au lieu-dit Rivière Blanche, banlieue de SAINT-PIERRE, est décédé ainsi que nous nous en sommes assuré sieur de CHAVIGNY Alexandre, matelot de troisième classe à SAINT-PIERRE, y domicilié, né dans la commune du PRÊCHEUR âgé de trente-deux ans ; marié à dame ANNE, fils de Jacques et d’Elisabeth LONG ( seuls renseignements que nous avons pu recueillir. Et ont les témoins, non parents du défunt signé avec nous le présent acte de décès. (voir photocopie de l’acte)

N° 55 DECES DE SIEUR de CHAVIGNY Alexandre (Registre de l’Etat Civil de 1899 de GRAND-RIVIERE)
L’an mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf et le deux novembre à huit heures du matin par devant nous Rémilien THEOPHILE maire et officier de l’Etat Civil de la commune de GRAND-RIVIERE, canton de BASSE-POINTE, arrondissement de SAINT-PIERRE MARTINIQUE. A la mairie ont comparu les sieurs de CHAVIGNY Grégoire Alexandre âgé de quarante-huit ans et de CHAVIGNY Eugène Victor âgé de quarante-cinq ans, tous deux marins domiciliés en cette commune, fils du défunt, lesquels nous ont déclaré que hier à cinq heures du soir le sieur de CHAVIGNY Alexandre, né à SAINT-PIERRE le trois mars mil huit cent vingt-sept, âgé de de soixante-douze ans, fils reconnu des défunts de CHAVIGNY Jacques et de LONG Jeanne Elisabeth est décédé en son domicile sis au bourg. Après nous êtes assuré du décès avons dressé acte que nous avons seul signé les témoins ayant déclaré ne le savoir de ce requis lecture faite (voir photocopie de l’acte)

ACTE DE NAISSANCE DE SIEUR de CHAVIGNY ALEXANDRE
L’an mil huit cent vingt-sept le quatre avril à sept heures du matin Par devant nous Louis Nicolas D’AVRAINVILLE officier de l’Etat Civil de la paroisse du Fort SAINT-PIERRE MARTINIQUE, Chevalier de l’Ordre Royal et militaire de Saint-Louis : est comparu monsieur Jacques de CHAVIGNY âgé de trente ans, habitant propriétaire au quartier du PRECHEUR, résidant en ce moment à la pointe Lamarre, sur cette Paroisse du Fort ; lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin né le trois mars dernier de cette année à quatre heures et demie de relevée, de lui déclarant et de dame Jeanne Elizabeth LONG son épouse ; et auquel il a déclaré donner le prénom d’Alexandre. Les dites déclaration et présentation faites en présence des sieurs Charles René CONDE âgé de vingt-trois ans, Négociant et Charles Auguste Eugène FAUCHE âgé de trente ans, commerçant. Tous deux domiciliés sur cette dite paroisse. Et ont le père et les témoins signé avec Nous le présent acte de naissance. Lecture faite. (voir photocopie de l’acte)

D’après le premier acte de décès, le sieur Alexandre de CHAVIGNY est né au PRECHEUR et était âgé de 32 ans au moment de sa mort. Aucune date de naissance n’est mentionnée, mais d’après son âge, il serait né en 1827. Il n’existe dans les registres de l’Etat Civil du PRECHEUR, entre 1825 et 1828, aucun acte attestant de la naissance d’un de CHAVIGNY Alexandre.
Selon le deuxième acte de décès, le sieur Alexandre de CHAVIGNY est né le 03/03/1827 à SAINT-PIERRE, paroisse du Fort, et inscrit sur les registres de l’Etat Civil de 1827.
Le père d’Alexandre de CHAVIGNY, Jacques de CHAVIGNY a épousé le 24/10/1822 à SAINT-PIERRE (paroisse du Fort) Jeanne Elizabeth LONG
Alexandre de CHAVIGNY a épousé le 10/02/1851 au MACOUBA Anne LABURTE qui est décédée à GRAND-RIVIERE le 25/04/1888 et sur son acte de décès il est mentionné que son époux était vivant. De ce mariage naîtront 9 enfants tous nés au MACOUBA entre 1851 et 1871 et déclarés par leur père Alexandre de CHAVIGNY. A noter que lors de son mariage et de la naissance de son premier enfant il est habitant propriétaire, pour les 8 autres il exerce la profession de marin.

S’agit-il d’une collusion entre deux individus ? Ou bien d’une déclaration décès faite sans vérification des pièces d’identité du défunt et sur la bonne foi des témoins? Ou bien d’un vol de papiers d’identité ? Ou bien d’une erreur de l’officier d’Etat Civil ?
A signaler que ce même dix juin 1859 un autre Alexandre CHAVIGNY de LACHEVROTIERE (cousin du décédé) épousait à SAINT-PIERRE une demoiselle Marie-Antoinette MANCEAU.

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Lucienne Lafontaine

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